J’ai trouvé un lapin de garenne, que faire ?

Que faire lorsque l'on trouve un lapin sauvage ?


Lors d’une balade dominicale, vous tombez par hasard sur un lapin de garenne. Au lieu de s’enfuir comme il le ferait d’habitude, il reste là, au contraire, et vous vous demandez quoi faire. Le ramener chez vous, l’adopter, contacter votre vétérinaire ou le laisser sur place ?

Cet article devrait vous éclairer 🙂

Point sur la législation

Déplacer des animaux sauvages

Le transport d’un animal sauvage -qu’il s’agisse d’un lapin de garenne, d’un lièvre ou d’un chevreuil- est interdit par la loi. Et cela, que l’animal soit vivant ou mort (article L411-1 du code de l’environnement).

Vous n’avez donc pas le droit de le déplacer, quel que soit le moyen de transport employé.

Toutefois, une circulaire datant du 12 juillet 2004 autorise une exception : vous avez le droit d’emmener un animal en détresse au centre de faune sauvage le plus proche. C’est tout.

C’est quoi, un « animal en détresse » ?

Toujours dans la circulaire citée précédemment, il est indiqué qu’un animal en détresse est un animal dont « la survie […] ou sa capacité à être réinséré dans le milieu naturel est manifestement menacée« .

Un animal trouvé gambadant dans un champ n’est donc pas en détresse. Même s’il s’agit d’un bébé (mais nous le verrons plus tard).

Les autres conditions liées au déplacement

Pas question de faire un Paris-Turin pour déposer l’animal dans un centre à 15 km de chez vous.

Pas question non plus de le garder 18 mois chez vous avant de le déposer au centre de sauvegarde.

La loi stipule : « en l’absence de meilleure solution, un tel transport sans formalité peut être admis s’il est effectué dans les plus brefs délais et par l’itinéraire le plus direct (cette tolérance résulte de l’application du principe selon lequel toute personne confrontée à une situation d’urgence donne légitimement la priorité à la sauvegarde d’un animal, quitte à s’expliquer et à se justifier ensuite, s’il y a lieu, devant un agent de contrôle ou, en dernière extrémité, devant un tribunal) ».

Détenir un animal sauvage (oryctolagus cuniculus ou lepus europaeus)

N’y allons pas par quatre chemins : c’est interdit. Enfin, pour oryctolagus cuniculus, vu que ça recouvre le lapin de garenne ET le lapin domestique, vous vous doutez bien que l’interdiction ne concerne que le lapin de garenne 😉

Donc, vous n’avez pas le droit de détenir un animal sauvage. Sauf si : vous détenez un certificat de capacité pour l’espèce, si vous en faites la déclaration en préfecture (qui peut quand même s’opposer à la détention) et que vous pouvez justifier d’un « prelèvement » légal.

C’est quoi, un « prélèvement légal » ?

D’après l’article L.415-3 du code de l’environnement : « Est puni de trois ans d’emprisonnement et de 150 000 euros d’amende le fait de : […] capturer, enlever, perturber intentionnellement des animaux d’espèces non domestiques ».

On n’a donc pas le droit d’attraper un lièvre, hop là, et de l’emmener avec nous. Capturer un animal dans la nature, c’est tout simplement interdit.

Il y a cependant une exception : l’annexe II de l’arrêté du 26 juin 1987 classe le lapin de garenne et le lièvre comme gibier. De fait, il est légal, pour un chasseur avec permis de chasse en cours de validité, de capturer et d’enlever des lagomorphes. Il lui est cependant interdit de les détenir.

C’est un peu compliqué tout ça…

Oui. Mais en gros, retenez ceci : vous n’avez pas le droit d’attraper ou d’adopter un animal sauvage.

En cas de découverte involontaire d’un animal visiblement en danger de mort, vous devez contacter le centre de sauvegarde le plus proche de votre domicile afin d’obtenir la marche à suivre avant de pouvoir leur confier.

Le centre de sauvegarde de la faune sauvage

Son rôle

Les centres de sauvegarde de la faune sauvage ont un rôle déterminant : ils soignent, réhabilitent et relâchent (dans la mesure du possible) les animaux sauvages qui leur sont confiés.

Dans chaque centre se trouve un ou plusieurs capacitaires, permettant d’accueillir un nombre restreint d’espèces. C’est pour cela que certains centres n’accueillent que des oiseaux ; d’autres, que des hérissons…

Vous trouverez, dans cet annuaire, la liste de ces centres, ainsi que les espèces qu’ils recueillent. Si rien n’est spécifié, n’hésitez pas à appeler le centre directement : s’ils ne sont pas en mesure d’accueillir l’animal que vous avez recueilli (momentanément), ils seront probablement en mesure de vous rediriger vers un centre confrère.

Ils me répondent qu’ils n’ont plus de place

Cela arrive malheureusement souvent. Particulièrement au printemps, quand les jeunes sont prélevés à tout va (alors qu’il n’y a aucun besoin de le faire), les refuges débordent littéralement. Et, même s’ils voulaient pousser les murs, ces centres sont strictement encadrés par la loi et ne peuvent dépasser un certain nombre de pensionnaires.

Le réseau de bénévoles et capacitaires

Même quand ils n’ont plus de place, ils ont parfois des bénévoles en mesure d’accueillir l’animal avant de pouvoir le placer au centre. Cela m’est arrivé récemment avec un jeune pigeon que mon chat avait joyeusement capturé (et blessé).

Le centre m’a indiqué la conduite à tenir, et a prévenu un bénévole proche de chez moi qui est passé le chercher aussi vite que possible. Le centre n’était pas en mesure de le recueillir immédiatement, mais ce bénévole bénéficiait des autorisations nécessaires pour détenir cet oisillon chez lui de façon temporaire.

L’accueil temporaire

D’autres centres vous renseigneront sur la conduite à tenir, le temps de lui trouver une place ou de pouvoir le relâcher. Attention toutefois, le risque ici est que l’animal devienne « imprégné », c’est-à-dire non seulement dépendant de l’homme pour sa nourriture, mais également incapable de vivre dans la nature.

Dans ce cas, on en revient à la détention illégale. Par ailleurs, au-delà des poursuites que vous risquez, sachez qu’un animal imprégné sera simplement… euthanasié.

Cas n°1 : j’ai trouvé un jeune / un bébé

Différencier lapin de garenne et lièvre

Avant d’appeler le centre pour un lapereau que vous pensez être de garenne et qui se révèlera lièvre, il y a deux, trois choses à savoir.

Le lapin commun

Le lapin de garenne, aussi appelé lapin européen, est un animal nidicole, c’est-à-dire qui utilise un « nid » pour y déposer se progéniture. Celui-ci, appelé rabouillère, est isolé du reste de l’ habitat et des terriers de vie de la garenne. La maman lapine passe de temps à autre (généralement 1 fois par jour, pendant 5 minutes environ) pour nourrir ses petits, puis repart. Le but est d’éviter que ses allers et retours ne puissent éveiller les soupçons d’un prédateur quant à la présence de petits.

Le lapereau de garenne nait nu et aveugle. Il ne développera son pelage dans les 1 à 2 semaines qui suivent sa naissance. Sa couleur est gris beige, avec un ventre et le dessous de la queue blancs. Ses yeux sont bruns.

Rapidement, ses envies d’exploration le pousseront hors de son terrier. Encore jeune, ce petit individu n’aura pas forcément le réflexe de déguerpir à votre approche : ce n’est pas pour autant qu’il est en danger !! Le mieux à faire est de surveiller tranquillement et à distance si 1) il finit par rentrer dans son terrier ou s’il est rejoint par d’autres membres de sa fratrie (ce qui signifie que leur rabouillère n’est pas loin) et 2) si la mère revient nourrir sa portée (généralement de nuit, donc soyez forts !).

Si aucune de ces conditions n’est remplie alors, là, oui, vous pourrez contacter le centre de faune sauvage.

Le lièvre

Le lièvre, de la famille des léporidés, et non des lagomorphes comme le lapin, est ce qu’on appelle nidifuge, c’est-à-dire que la maman va disperser ses petits sur son territoire. Elle ne construit donc pas de nid. Les lièvres naissent, eux, poilus et avec une vue déjà développé. Sans nid où se protéger, ils sont également plus autonomes.

Trouver un levreau seul n’est donc pas rare, et n’est en aucun cas synonyme de détresse pour lui.

Le levreau est très similaire au lapereau de garenne, à ceci près que sa taille et son poids sont plus importants au même âge. Ceci étant, il y a également une petite différence entre eux : le levreau a le bout des oreilles noires, ce qui n’est pas le cas des lapins de garenne.

En attendant de vous rendre au centre de faune sauvage

Le centre vous donnera toutes les recommandations par téléphone. Mais, le temps de les contacter, voici ce que vous pouvez faire :

1 – préparer une boite en carton percé de trous pour qu’il puisse respirer (les trous doivent être faits en haut de la boite, et seront du diamètre d’un crayon environ)

2 – placer une bouillotte ou une bouteille d’eau tiède/très légèrement chaude dans la boite (si elle vous semble un peu trop chaude, enroulez-la dans un linge). Ce simple geste permet d’éviter l’hypothermie, qui est souvent un mal partagé par tous les animaux malades, blessés ou affaiblis.

3 – vous pouvez ajouter une petite gamelle d’eau (très peu profonde pour le bébé ne risque pas de s’y noyer ou de se tremper, ce qui augmenterait encore les risques d’hypothermie) ainsi qu’un peu de foin. S’il est encore trop jeune, il n’y touchera pas. S’il a commencé à manger du solide, il se nourrira volontiers. NE DONNEZ JAMAIS, JAMAIS DE LAIT DE VACHE OU DE PAIN.

4 – porter des gants et placer l’animal dans la boite. Mettre la boite dans un lieu calme (ne le laissez pas au milieu de votre salon avec la télé à fond). Le mieux est un endroit où il pourra se remettre de ses émotions et oublier votre présence.

Cas n°2 : j’ai trouvé un animal visiblement blessé

Dans le cas d’un animal blessé, plusieurs mesures s’imposent :

1 – Assurer sa propre sécurité

Il y a quelques temps, une capacitaire racontait comment elle avait dû s’arrêter sur l’autoroute (sur la voie de gauche) pour secourir un renard. Malheureusement, elle a provoqué un carambolage (heureusement, sans blessé). Le renard a finalement été percuté par l’une des voitures, et n’a, quant à lui, pas pu être sauvé. Il est décédé dans les heures qui ont suivi.

Alors, certes, je comprends tout-à-fait cette dame, puisque je m’arrête régulièrement en voiture pour laisser passer chevreuils, belettes et autres canards (enfin, pas sur l’autoroute quand même !). Cependant, il est essentiel que ces actes soient faits dans la plus grande prudence pour éviter que l’animal, vous-même, ou d’autres personnes soient blessées.

Si vous secourez un autre animal qu’un lapin ou un lièvre (comme un renard, un cerf…), n’oubliez jamais qu’un animal apeuré et blessé est souvent d’autant plus dangereux. Il n’hésitera pas à vous mordre ou à essayer de vous blesser avec ces bois. Dans ce cas, appelez le centre de faune sauvage qui enverra quelqu’un pour le récupérer.

Par ailleurs, si l’animal est localisé dans un lieu dangereux (falaise, sol instable…), n’y allez pas non plus. J’avais aperçu, il y a quelques années, un goéland blessé sur un rebord brise-vague. Je ne pouvais pas m’y rendre sans risque. J’ai donc contacté le centre spécialisé le plus proche qui est venu armer de tout ce qu’il fallait. Ils ont pu récupérer le goéland, le soigner, et personne n’a été blessé !

2 – Respecter la loi

Vous avez repéré un animal mal en point dans un jardin privatif ? C’est triste, mais vous n’avez pas le droit d’y pénétrer sans l’accord du propriétaire de celui-ci. Il vous refuse l’accès ? La seule chose que vous puissiez faire, c’est tenter de le convaincre. Si vous n’y parvenez pas, il faudra renoncer (même le centre de faune sauvage ne pourra rien y faire).

Pendant une chasse, vous croisez un animal blessé par un tir et vous voulez le secourir ? Vous n’en avez pas le droit. L’animal, une fois blessé, appartient au chasseur qui a tiré. Si vous le capturez, même avec les meilleures intentions du monde, vous vous exposez à des sanctions (contravention ou délit) puisque votre acte sera considéré comme un trouble à l’exercice de la chasse (sans commentaire…).

3 – Mettre l’animal en sécurité et contacter le centre de faune sauvage

S’il ne vous est pas possible de déplacer l’animal, téléphonez directement au centre qui dépêchera une personne pour le prendre en charge avec les moyens adaptés.

S’il vous est possible de le mettre à l’abri, suivez les conseils donnés plus haut dans la rubrique « en attendant de vous rendre au centre de faune sauvage ».

Cas n°3 : mon animal de compagnie m’a ramené un lapin/lièvre

C’est quelque chose d’assez courant chez les chiens de chasse et les chats. Si le chien vous ramènera volontiers des adultes, le chat, lui, préfèrera sûrement les lapereaux.

Quoiqu’il en soit, une fois déplacé par votre animal (et très probablement blessé par le transport dans la gueule d’un carnivore), l’animal ne peut plus être relâché sans soin. Même s’il parait « intact ».

Mon chien m’avait par exemple ramené une souris des moissons à qui il avait cassé une patte. Aucun centre ne pouvant la prendre en charge, je l’ai emmenée chez le vétérinaire qui m’a conseillé de la garder en cage quelques jours avant de la relâcher (le temps que sa patte se répare).

Elle semblait aller pourtant bien, mais elle est malheureusement décédée assez vite. C’est seulement après son décès que j’ai pu voir que mon chien lui avait également brisé la cage thoracique.

Ne vous arrêtez donc pas à un examen sommaire puis à un relâcher rapide. Vous ne savez pas à quelle distance votre chien ou chat est allé chercher l’animal, ni si celui-ci sera capable de retrouver le chemin de sa maison (ou ses parents, dans le cas d’un jeune). Le mieux est de suivre les conseils donnés plus haut et, une fois encore, de contacter le centre de faune sauvage qui sera à même, soit de prendre l’animal en charge, soit de vous aiguiller sur ce qu’il faut faire.

Conclusion

Nous espérons sincèrement que cet article vous aura été utile. Les centres de faune sauvage multiplient chaque année les campagnes pour rappeler de ne pas prélever de jeunes dans la nature, à moins qu’ils ne soient blessés car, 95% du temps, cela n’est pas nécessaire et comble largement leur capacité d’accueil (qui pourrait être attribuée à des animaux réellement dans le besoin).

Pour faire court : si vous trouvez un bébé/jeune non blessé, laissez-le. Pour un animal blessé ou ramené par votre carnivore préféré, isolez-le selon les instructions données plus haut et contactez le centre de faune sauvage.

Voilà ! Maintenant que vous y voyez plus clair, n’hésitez pas à répandre la bonne parole autour de vous, cela évitera de déborder, comme chaque année, les centres dédiés 😉