La pododermatite du lapin

La pododermatite du lapin


Ce nom ne vous dit peut-être rien : la pododermatite est une inflammation évolutive de la peau (-dermatite) du dessous des pattes (podo-). C’est une affection relativement courante chez le lapin de compagnie. Ce n’est pas pour autant qu’elle doit être ignorée, car elle évolue sans cesse, passant par des stades plus ou moins graves. Observez le dessous des pattes de votre lapin et écartez ses poils : y voyez-vous une zone sans poils, une rougeur, une plaie à vif ? Si oui, cet article devrait vous être d’une grande utilité 😉

Causes et facteurs prédisposants

Les surfaces inadaptées

Nos intérieurs sont chaleureux, beaux, mais surtout, ils sont pensés pour nous. Le lapin, dans la nature, n’a jamais eu à gambader sur un carrelage ou de la moquette (du moins, pas à ma connaissance). Et, contrairement aux chiens, chats et autres animaux qui partagent notre quotidien, ils n’ont pas de coussinets pour protéger leurs pattes : eux n’ont qu’une épaisse couche de poils.

Les sols durs, comme le carrelage ou le parquet, ne sont pas adaptés aux petites pattes de nos lapins qui tapent sans arrêt sur ces surfaces (alors que, dans la nature, elles seraient gentiment amorties par une belle couche d’herbe, voire par de la terre relativement meuble). Ces chocs répétés conduisent d’abord à une perte de poils chez les lapins : jusque là, rien de grave, c’est un phénomène quasi généralisé qui ne nécessite pas d’intervention de votre part. S’ils se répètent trop, ou si votre lapin est sensible des pattounes, la pododermatite peut évoluer en inflammation puis en ulcération.

Alors, faut-il remplacer votre joli carrelage par une moquette épaisse, ou transformer votre salon en échoppe de marchand de tapis ? Que nenni !

Les moquettes et tapis en fibres synthétiques sont abrasifs (frottez-vous le dos dessus, vous verrez). Leurs frottements irritent donc la peau, et a fortiori celles des lapins. A choisir, un sol dur est presque préférable (bien que les tapis soient généralement appréciés au moment de la sieste, ou par les petits malins cracra qui les transformeront volontiers en petit coin -oui Morris, je parle de toi).

Je ne parle même pas, bien sûr, des surfaces grillagées qu’on trouve dans certains clapiers ou enclos. Soit les mailles sont larges et on risque entorses et fractures quand une patte s’y coincera, soit c’est la pododermatite assuré sur les grillages à maille fine. Vous marcheriez, vous, sur un grillage toute la journée ?

Le manque d’hygiène

Un bac à litière pas nettoyé, ça ne sent pas bon, mais surtout, c’est humide et plein de bactéries : un cocktail détonnant quand il s’agit de créer une dermatite de contact.

Chez le lapin de compagnie, le temps passé dans leur litière peut être important, d’autant plus qu’on y ajoute souvent du foin pour favoriser les crottes au bon endroit.

Il faut donc la nettoyer régulièrement, avec des produits idéalement naturels : le vinaigre blanc est parfait pour cela. Pensez simplement à bien rincer le bac à litière après pour éviter les vapeurs trop agressives du vinaigre, et l’acidité qui pourrait favoriser les pododermatites.

Mangez, bougez

Si vous avez lu notre article sur l’obésité, vous savez déjà que le surpoids est un facteur de risque non négligeable quand il s’agit de pododermatite. Ce que vous savez peut-être moins, c’est qu’un lapin qui n’a pas l’occasion de gambader à son aise est aussi plus à même de développer une pododermatite.

« Mais enfin, c’est à n’y rien comprendre : on disait plus haut que les surfaces de la maison n’étaient pas bonnes, maintenant on nous dit qu’il faut qu’il y passe le plus de temps possible ! » : la réponse n’est pas si simple.

Un lapin qui ne se dépense pas assez risque plusieurs problèmes : le surpoids (qui est donc un facteur de risque pour la pododermatite) et les troubles du comportement, parmi lesquels le léchage compulsif et l’épilation.

Sauf que les poils, ça n’aime pas trop les léchages non stop. La peau non plus. Et un talon de lapin sans poil, c’est un talon sans protection. Et hop, voilà votre chéri avec une pododermatite. Du coup : on lui laisse le plus d’espace possible et des surfaces variées ; c’est avec sa liberté qu’il pourra choisir ce qu’il préfère.

Races à risque

Certaines races de lapins sont plus sujettes à la pododermatite en raison de leur morphologie et de leur génétique.

Les lapins de grande taille, comme les Géants des Flandres, ont ainsi un poids plus élevé qui exerce une pression importante sur leurs pattes, augmentant ainsi les risques d’inflammation. Parce que, oui, on les a sélectionnés pour leur taille et leur poids, mais les poils sous leurs pattes, eux n’ont pas vraiment évolués depuis la garenne…

De même, les races à poil court, comme les Rex, possèdent une fourrure moins dense sous les pattes, ce qui réduit forcément la protection naturelle contre les surfaces dures et abrasives.

En outre, certains individus peuvent avoir une prédisposition héréditaire à une fragilité cutanée, rendant leurs pattes plus vulnérables aux lésions. Il n’est pas toujours évident de le savoir ; aussi est-ce essentiel de regarder régulièrement les pattounes et les talons de votre lapin.

Les griffes

Notre article sur la coupe des griffes vous le rappelait : même si c’est quelque chose que vous n’aimez pas, elle est essentielle pour garantir une posture correcte, et éviter d’abîmer les pattes de votre animal. avec des griffes trop longues, votre lapin ne pourra plus s’appuyer sur la totalité de sa patte, mais seulement sur ses talons… Par définition, LA zone de la pododermatite. Alors zou, on fonce lire notre super billet plein de bons conseils, et on s’exécute 😘

Symptômes, évolution et complications des pododermatites

Comment reconnaître une pododermatite ? C’est facile : observez les pattes de votre lapin, écartez ses poils pour bien voir sa peau, et identifiez le moindre signe d’inflammation.

Les signes cliniques d’une inflammation de la peau, c’est d’abord des rougeurs, c’est parfois chaud. Si elle n’est pas traitée et que la cause n’est pas écartée, elle évolue : on observe alors l’apparition de plaies plus ou moins profondes, avec parfois, une infection qui va avec (présence de pus ou de suintements).

Dans le pire des cas, vous constaterez une nécrose des tissus : la peau devient sombre, voire noire. Elle dégage parfois une odeur nauséabonde. Et, pour les cas les plus avancés, vous verrez carrément les tendons ou l’os de votre lapin. C’est une urgence absolue ! Sans soins, votre lapin pourrait perdre sa patte, voire mourir d’une septicémie !

Il peut aussi arriver que vous n’ayez rien remarqué (ou que vous n’ayez jamais vérifié), mais vous verrez votre lapin boiter. Ou rester prostré (lisez notre article sur le langage du lapin pour mieux comprendre). Ca, ça veut dire qu’il souffre et qu’il a besoin de voir son Dr Lapin pour apaiser la douleur. Si ce n’est pas une pododermatite, ça peut être bien d’autres choses, et seul votre vétérinaire saura vous le dire, et vous proposer un traitement adapté.

Et maintenant, on fait quoi ?

On choisit des sols adaptés, en privilégiant un espace de vie le plus vaste possible, avec des zones et des surfaces variées : tapis en fibres naturels, alternance de sol durs et mous… Et on bannit bien sûr la cage !

On choisit une litière douce pour les pattes comme le chanvre, les granulés de papier, ou on place un tapis hygiénique au-dessus des granulés de paille ou de bois si c’est ce qu’on préfère. Et bien sûr, on nettoie le tout régulièrement !

Si votre petit amour a déjà une pododermatite avérée, vous pouvez également utiliser un tapis d’évier en plastique afin que son urine ne soit jamais en contact avec ses pattes. Attention toutefois, certains lapins le détruise et en ingère (Mambo le faisait et m’a fait une stase gastrique à cause de ça…).

On surveille régulièrement le poids et la ligne de notre animal. Mieux, on lui propose un environnement riche et varié, plein de jeux et d’activités pour son épanouissement.

On coupe (ou on fait couper par le vétérinaire) ses griffes afin qu’il puisse poser ses pattes normalement.

Enfin, on vérifie régulièrement l’état des pattounes, pour s’assurer qu’on n’est pas passé.e.s à côté d’une pododermatite débutante.

Traitements et prise en charge de la pododermatite du lapin

Le mieux, c’est de vous référer à votre vétérinaire, qui saura vous conseiller mieux que personne.

Stade 1 : la pododermatite débutante

Pour un stade très peu avancé (simple rougeur sans signe de douleur associé), il vous est possible d’appliquer une crème cicatrisante, un spray tannant ou un baume (attention de bien choisir un produit adapté aux lapins !)

La plupart des lapins se dépêcheront de retirer le tout en quelques coups de langue bien placés ; c’est là qu’on sortira l’arme ultime : la chaussette ! (à n’utiliser, en revanche, qu’après accord de votre vétérinaire car elle pourrait créer un environnement plein d’ humidité, et favoriser l’ apparition de lésions supplémentaires. Je vous parle même pas d’un bandage qui serait trop serré ou mal posé !)

Bon, je vous arrête tout de suite cependant : on ne va pas embêter Mamie en lui demandant de tricoter des chaussettes pour lapinou (quoique…). Non, notre gentil vétérinaire nous la confectionnera bien volontiers, si tant est que votre lapin en ait besoin.

Stade 2 : la pododermatite avancée

Pour les stades plus avancés (présence de plaie suintante ou sanguinolente), on n’y coupe pas : c’est consultation obligatoire. Votre vétérinaire vous prescrira alors ce qu’il faut, depuis les soins locaux, jusqu’aux anti inflammatoire et antibiotiques par voie générale si cela est nécessaire.

Un traitement au laser vous sera peut-être proposé : il s’agira généralement de plusieurs séances, de plus en plus espacées dans le temps. Les séances ne sont pas douloureuses pour le lapin, et vise à accélérer la réparation des tissus. En revanche, elle peut être un peu désagréable pour votre lapin en raison de la position qu’il devra adopter : le vétérinaire se mettra face à lui tandis que vous -ou l’ASV- le tiendra debout contre lui/elle. Rassurez-vous toutefois : la séance ne dure que quelques minutes de toute façon.

Stade 3 : la pododermatite profonde

Là, on est sur une destruction des tissus : les tendons peuvent être touchés, ainsi que l’os. Une infection peut s’être développée et s’être plus ou moins étendue.

Dans ces cas graves, une opération chirurgicale peut être nécessaire, afin de retirer les tissus nécrosés -s’il y en a- et de nettoyer la plaie en profondeur (tendons et os).

Les risques de récidive de la pododermatite

Vous pensiez que le plus gros était derrière vous ? Mouahaha : non. La pododermatite du lapin est malheureusement une affection qui récidive très souvent, la peau des lapins étant fragile et leur environnement en intérieur peu adapté pour le dessous de leurs pattes sans coussinets.

Il vous faudra donc redoubler de vigilance en suivant les conseils de prévention donnés ci-dessus dans la partie « Et maintenant, on fait quoi ? ». Vos lapins vous diront merci 😉

Conclusion

La pododermatite du lapin est une affection malheureusement commune mais parfois gravissime. La prévention sera donc votre meilleure arme : pas de cage, un revêtement de sol et un habitat adapté, et une surveillance régulière du dessous des pattes de votre lapin de compagnie. En éliminant les principaux facteurs de risque, vous réduirez d’autant la probabilité de l’apparition ou de récidive des pododermatites.

En cas de symptômes de pododermatite : direction le vétérinaire pour éviter toute complication et mettre en place un traitement adapté si nécessaire.